L’Empire du silence, un film de Thierry Michel sur 25 ans d’impunité en RDC

«L’Empire du silence », titre du film du réalisateur belge Thierry Michel, consacré à la République démocratique du Congo fait sa route depuis novembre 2021, où il est dans les salles de cinéma à travers le monde. La dernière projection s’est tenue le samedi 27 août dans la salle de spectacle du centre Wallonie-Bruxelles de Kinshasa.

Le film retrace les 25 dernières années de la RDC pendant lesquelles l’impunité a largement régné. Le public a mesuré l’atrocité des événements passés en revue, qui ont caractérisé ces deux décennies d’atteinte aux droits de l’homme en RDC, dans ce film documentaire constitué d’histoires vraies, qui rassemble des images parfois horribles, interviews des victimes, des experts, des journalistes, des scientifiques, etc.

« L’Empire du silence » a été présenté dans plus de 30 pays, en présence notamment du docteur Denis Mukwege,  gynécologue congolais et Prix Nobel de la paix 2018, qui a figuré dans le film qui a été projeté aux Nations unies, au Conseil des droits de l’homme, au Parlement européen, au Congrès américain. Cela pour tenter de trouver la solution où un début de solution à l’impunité qui fait que les bourreaux ayant commis ces crimes depuis des années sont en liberté et certains sont promus.

Le réalisateur Thierry Michel et la déléguée générale du Centre Wallonie-Bruxelles de Kinshasa Kathryn Brahy.

Le documentaire de 90 minutes est une vraie page d’histoire de la RDC partant de la fin des années 90 avec la chute du président Mobutu Sese Seko (1965- 1997), les conséquences du génocide rwandais sur l’Est de la RDC où des tueries sont perpétrées jusqu’à ce jour. Il remonte à la prise de pouvoir de Laurent-Désiré Kabila (mai 1997) puis Joseph Kabila, la période de 1+4 après l’accord de Sun city en 2002.

Il évoque des sujets choquants comme la guerre de 6 jours à Kisangani (où les armées rwandaise et ougandaises se sont battues sur le territoire de la RDC), les violences au Kasaï avec les milices Kamwena Nsapu, ce qui a causé une mort tragique de Zaida Catalan et Michael Sharp, deux experts de l’ONU qui enquêtaient sur la situation en 2017.

Thierry Michel affirme avoir foulé les pieds à ces endroits où se sont déroulés des crimes et des scènes macabres en RDC pendant ces années. De Bunia à Lubumbashi, en passant par Goma et Bukavu ; de Mbandaka au Kasaï, en passant par Kisangani, le réalisateur belge a récolté les paroles des victimes et des survivants, qui sont intervenus tout au long du film.  Une démarche qui vise entre autres a faire en sorte que « le peuple congolais s’approprie son histoire », a-t-on indiqué.

« J’ai découvert des archives invraisemblables dont je n’ai jamais compris pourquoi elles n’étaient pas connues. C’est ça la loi du silence. Et il fallait la briser », a dit Thierry Michel après la projection.

Le docteur Denis Mukwege, prix Nobel de la paix 2018.

Des illustrations du discours du docteur Denis Mukwege, qui a dénoncé plusieurs cas d’atrocités, notamment les violences sexuelles, lors de la remise du prix Nobel de la paix en 2018, en Norvège. Dans ce film, les intervenants : militants, victimes, experts ou autres, sont unanimes sur l’application du rapport Mapping qui liste plus de 600 massacres commis en RDC et sont pour que les bourreaux répondent de leurs actes.

Le film pose une question sérieuse sur la présence de la Mission des Nations Unies au Congo (Monusco), qui coûte plus chère que n’importe quelle autre mission de l’ONU mais qui, malgré le temps passé dans le pays, ne produit les résultats escomptés.

Un des objectifs majeurs de ce film est de ne pas tomber dans l’amnistie, ni au niveau national ni au niveau international. « C’est un film contre l’oubli, pour reconstituer le puzzle. Ce qui s’est passé n’a pas été beaucoup médiatisé, on en parle rarement », fait remarqué le réalisateur Thierry Michel.

La version anglaise du film est déjà prête et bientôt en d’autres langues européennes. Les versions en swahili, en lingala et dans d’autres langues congolaises attendent la mobilisation des moyens nécessaires. Cependant, ce film est le dernier qu’il réalise sur la politique, la tragédie congolaise, a-t-il indiqué.

Violences, corruption, pillage des richesses : Thierry Michel a consacré treize films à l’ex-Zaïre et aux droits bafoués de sa population. Désormais le cinéaste belge milite avec le prix Nobel de la paix congolais Denis Mukwege contre l’impunité des criminels de guerre dans l’actuelle RDC.

Emmanuel Kuzamba

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