Caricature de presse en RDC vue par le dessinateur Rodrigue Muladika

Dessinateur de presse au journal congolais La Prospérité, Rodrigue Muladika a participé à un atelier de caricature organisé dernièrement à Kinshasa par l’Association des dessinateurs de presse à l’intention des jeunes de 15 à 18 ans qui rêvent de devenir un jour caricaturistes dans le dessin de presse. Dénommé “Caricakin”, cet atelier tenu du 25 au 5 août a vu les professionnels de divers médias à Kinshasa échanger leurs expériences avec des jeunes passionnés par cet art. Dans un entretien à Mbbactu, Rodrigue Muladika partage son point de vue sur la situation caricature de presse en République démocratique du Congo.

Mbbactu : Comment pouvez-vous décrire la caricature dans un papier de presse ?

Rodrigue Muladika : La caricature est toute une expression, un code par lequelle l’artiste utilise pour peindre les vraies réalités de sa société. A travers ce graphisme satirique, l’artiste peut passer un message qu’un journaliste ne saura écrire [dans son papier]. Donc, c’est vraiment un art mineur qui comporte des responsabilités majeurs, capable de défendre un peuple faible face à un pouvoir dictatorial.

Quel est, selon vous, l’état de lieu de cet art dans la presse congolaise ?

Beaucoup de congolais ne connaissaient pas la caricature car beaucoup n’ont pas accès aux journaux. Il y a quelques années, on ne trouvait ce genre des dessins qu’à la presse écrite mais aujourd’hui, grâce aux nouvelles technologies, on trouve la caricature dans la presse en ligne. Par ailleurs, dans l’audiovisuel (kinois), la caricature de Djeis Djemba dans “Lingala facile” avait beaucoup joué pour que cet art soit connu. Donc, aujourd’hui, les congolais on une idée sur le dessin satirique. Et la caricature garde toujours une place dans la presse car, elle permet aux lecteurs de se détendre et de se défouler après la lecture des plusieurs articles. Aujourd’hui, on trouve de plus en plus caricature dans les magazines, revues.

Quelles sont les difficultés auxquelles la caricature fait face en RDC ?

C’est d’abord l’absence de la politique culturelle au pays, ici toutes les disciplines artistiques sont concernées. On se sent en outre abandonné, oublié même par le Ministère de la Culture et arts : lors de la vulgarisation d’une action du gouvernement c’est plus d’autres disciplines artistiques qui sont intéressés ( musique, théâtre, …) Or, la caricature est parmi les meilleurs médiums qui transmettent mieux les messages. Le gouvernement peut l’exploiter lors des actions comme celles de la campagne de “Kin Bopeto” (Kinshasa propre) ici dans la capitale congolaise.

Face à toutes ces difficultés, quel avenir de la caricature en RDC ?

L’avenir de la caricature en RDC est prometteur parce que notre pays s’engage de plus en plus sur la voie de la démocratie. Or, la caricature qui est un art qui dénonce, étale les vies et dit haut ce qui se dit tout bas, ne peut survivre que dans le pays où les valeurs démocratiques sont respectées. Il faut ajouter aussi qu’aussi longtemps que la presse existe, la caricature existera aussi.

À propos de l’artiste

Travaillant depuis 2012 au journal La Prospérité, Rodrigue Muladika est Gradué en communication visuelle de l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa. Membre de l’Association des dessinateurs de presse (ADEP), il est, dans ce contexte engagé à partager ses connaissances avec la jeune génération qu’il appelle les “caricaturistes en herbe”.

Dans son parcours, Rodrigue Muladika est vainqueur de plusieurs prix dans le secteur de la caricature : comme pour le concours sur la démocratie, organisé par le Centre Carter à Kinshasa (2016), le Prix Mongo Cissé, axé sur la BD, organisé par l’Institut français de Kinshasa (2017). En 2018, il a remporté le 3è prix du concours “Coup de crayon” pour les droits de l’homme.

Christian Musungayi

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