Bukavu : Freed Mushaga, un poète-chanteur qui ressasse la vie

Etudiant à la faculté de Droit de l’Université catholique de Bukavu dans la province du Sud-Kivu, Moïse Freed Mushagalusa (alias Mushaga) sait aussi monter sur scène, souvent accompagné de sa guitare, pour faire du slam et de la musique. A 21 ans, Freed “Mushaga” se présente comme une “voix qui nous ressasse notre vie sous une autre dimension” tout en s’inscrivant dans la lignée de Miryam Makeba, Youssou N’dour ou de Lokua Kanza. Découvrez-le dans cet entretien avec Mbbactu.net.

Mbbactu : Vous êtes chanteur, auteur-compositeur, poète, slameur, qu’est-ce qui vous a amené dans l’art ?

Freed Mushaga : En 2018, j’étais très animé par une passion hors norme, j’écrivais beaucoup de choses et parfois sans savoir pourquoi. Je crois que c’est l’art qui m’a d’abord appelé, et ensuite j’ai trouvé en lui une possibilité de parler de la vie, ses fleurs et ses maux ; une possibilité de donner un sourire et surtout d’éduquer.

A votre avis, c’est quoi la limite entre la chanson et le slam ? Parce que vous faites les deux !

Pour moi, les cloisons ne sont pas étanches entre les deux. En effet, de temps en temps, je vague d’une partition slam à un chorus musical et vice-versa, et ça me fait un truc “beau”. Cependant, je dois reconnaître que le slam est une parole très élaborée, très soutenue, ça permet de développer et d’accéder facilement au message. Mais pour le chant, je me vois souvent contraint d’expliquer, parce que l’émotion passe avant le message.

Vous évoluez encore en solo, êtes-vous prêt à rejoindre un groupe ? Ou à en créer un ?

Euh non ! Je compte juste tripler mes efforts. Les études (à l’Université catholique de Bukavu, troisième graduat en Droit-Public) restent mon grand défi, pas ma carrière solo. Cependant, mon travail est un travail d’équipe.

Qui est celui qui vous inspire dans ce que vous faites ? Ou qui sont ceux qui ont marqué l’artiste que vous êtes devenu ?
Ceux qui ont influencé ma musique, c’est Miryam Makeba, Youssou N’dour, Lokua Kanza, Jonathan Butler, Richard Bona, Frank Océan et bien d’autres. Mon inspiration, c’est la vie, le monde, mon pays, Dieu, etc.

Quel projet avez-vous sur la table et que vous compter réaliser à court terme ?

Dans le bac, des morceaux à sortir et des performances à donner. Particulièrement, deux collaborations avec des artistes locaux et nationaux vont bientôt être mises à la portée du public.

Vous faites de l’art pour la défense des droits humains, de l’environnement notamment et vous vous intéressez aussi au passé. Pourquoi le choix de ces causes ?

Eh bien, il n’y a pas mieux que de défendre nos semblables, encore moins notre Terre. Mis à part ma casquette d’étudiant en Droit, je sens que l’art pour l’art c’est bien, mais l’art engagé c’est mieux. On n’est pas déconnecté des réalités du social congolais. Je suis un militant du passé africain. Je suis de ceux qui pensent que le véritable passé africain doit être réécrit, ensuite nous servir d’inspiration. Tant qu’on part d’un faux passé, ou tant qu’on part sans jamais regarder derrière, les chances d’espérer un avenir meilleur, digne de notre mère Afrique deviennent minimes. Mais par-delà, je voudrais qu’on prenne conscience de cet état de fait : la falsification de notre histoire et le besoin d’y pallier.

En tant qu’artiste, quel est votre rêve aujourd’hui ?

Je rêve de faire le tour du monde avec une émotion et un message : La vie. Je voudrais faire découvrir au monde ces résidus de la voix africaine perdus dans ma gorge et mes doigts. Bien entendu, je voudrais parler de mon pays partout et lui être un jour très utile.

Propos recueillis par Emmanuel Kuzamba

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