Le refus du visa à un cinéaste congolais pour se rendre au festival de Cannes dénoncé

Le regret, l’indignation, la rage et tout ce qui va avec est total dans la sphère cinématographique congolaise où l’on dénonce le refus de l’octroie de visa au réalisateur congolais Kevin Mavakala invité à accompagner son film, sélectionné au festival de Cannes en France, pour cette 75è édition de ce prestigieux événement cinématographique mondial.

Kevin Mavakala qui a reçu l’invitation du festival de Cannes, festival français de cinéma, ne s’est pas rendu en France pour accompagner son film, suite à un refus de visa à la Maison Schengen de Kinshasa. A l’absence de la lettre du ministère congolais de la Culture, arts et patrimoine certifiant le statut d’artiste de M. Mavakala, la lettre d’invitation de l’agence culturelle africaine et l’accréditation obtenue pour ce rendez-vous cinématographique n’ont pas suffi à décanter la situation.

Ce refus dénote  d’« un manque de respect, un manque de considération, c’est une façon de [ nous ] regarder de travers. C’est une façon de [nous] ridiculiser, de ne pas prendre en considération ce que [nous faisons]. Je suis indigné, je suis meurtri, c’est une insulte », a déploré le cinéaste Henoc Kiyombo auprès Mbbactu.

Contacté, un autre réalisateur congolais, Tshoper Kabambi, responsabilise le gouvernement congolais vu que ce n’est pas la première fois qu’un cinéaste congolais se voit refuser le visa pour le festival de Cannes.

« Il ne suffit pas de millions pour redorer l’image de l’artiste. Le ministère [congolais de la Culture, arts et patrimoine] peut ne pas avoir de l’argent mais il a le pouvoir de jouer le médiateur entre les artistes et beaucoup d’institutions, surtout internationales qui ne nous respectent pas », a-t-il estimé.

 « On a essayé de faire tout ce qu’on pouvait mais ça n’a pas marché. Cela nous a rappelé la même chose qui s’est passée l’année dernière. Un autre cinéaste congolais, Junior Kapinga, qui était sélectionné à ce même festival, s’est vu refusé le visa » lui aussi, a encore déploré M. Kiyombo.

Interrogé par Mbbactu, le concerné, Kevin Mavakala, explique avoir fait sa demande de visa le 06 mai avec le programme de pour voyager le 20 mai.

« La maison Schengen m’a appelé à la veille du voyage pour me dire que le visa ne m’a pas été accordé. Alors que selon leur règlement, après demande de visa, s’il y a un document qui manque, ils rappellent [l’intéressé] dans un bref délai avant leur décision », a-t-il expliqué.

Le film sélectionné qui a pour titre « La star », a été projeté le samedi 21 mai au festival, à l’absence de son réalisateur.

Un rêve brisé

Le festival de Cannes est un festival de cinéma international qui se déroule  chaque année à Cannes, en France, durant douze jours pendant la seconde quinzaine du mois de mai. Les principales projections ont lieu au Palais des festivals situé à l’entrée de la promenade de la Croisette.

Étant compté parmi les plus grands dans le secteur du cinéma mondial, le festival de Cannes prend en charge ses invités. Avec l’accréditation, il s’occupe du billet aller-retour, du logement et tout ce qui va avec. Cela n’a pas suffit à peser en faveur du congolais Kevin Mavakala.

A en croire plusieurs cinéastes, ce festival fait rêver les réalisateurs de tous les coins du monde. Et encore plus les jeunes comme Kevin qui vient d’avoir ses 25 ans.

« Il y a pas mal de réalisateurs qui ont émergé grâce au festival de Cannes. Dans ce rendez-vous cinématographique, il n’y a pas que la projection du film, il y a aussi des rencontres avec des producteurs, avec des acheteurs. C’est pour vendre non seulement ton film mais aussi tes projets, et le projet au cinéma ne peut se faire qu’en présentiel », a estimé jeune réalisateur Mavakala.

Ce genre d’expérience ne rassure pas mais pousser à prendre des décisions extrême fait observer Henoc Kiyombo. « Ça peut même démotiver, ça peut pousser une personne à changer de nationalité», dit-il, si on ne le dénonce pas, ça ne changera pas.

Le chaînon manquant

Le document qui a fait défaut au dossier de Kevin pour motiver le refus est la lettre du ministère de la Culture et arts du pays qui certifie la reconnaissance de son statut d’artiste. Les relevés bancaires, la preuve des liens familiaux en RDC, les conditions de séjour pas justifiées, ce qui a laissé à entrevoir des doutes sur le fait qu’il pouvait quitter le territoire des Etats-membres avant l’expiration de son visa, peut-on lire sur cette lettre de la Maison Schengen de Kinshasa.

Pour Tshoper  Kabambi cette justification n’est pas suffisante, « c’est la mauvaise foi et le manque de considération ».

« Si ceux qui sont à Cannes étaient sûr que Kevin allait fuir après le festival, ils ne lui auraient même pas envoyé l’invitation. C’est seulement que ceux qui travaillent ici ne considèrent pas les artistes », estime-t-il.

Kevin fait remarquer que la lettre d’accréditation du festival de Cannes joue un grand rôle dans plusieurs cas de ses collègues dans d’autres pays, contrairement à ce qui se passe en RDC.

« Pourquoi, c’est l’homme noir qu’on doit faire marcher pour des visas, alors que les blancs peuvent entrer en Afrique et ressortir comme dans les toilettes ? », s’insurge Henoc Kiyombo.

Le ciné-club Kinshasa annule une collaboration avec le festival européen

Pour exprimer son ras-le-bol, l’espace “Ciné club Kinshasa” dont fait partie Kevin Mavakala a choisi, par solidarité, de ne pas diffuser le film « Servant » qui était prévu pour lundi 23 mai. C’était dans le cadre du festival du film européen en RDC.

« Dans le cadre du festival du film européen, notre espace Ciné club, devait recevoir la projection du film « Servant ». Quand ceci est arrivé, nous avons annulé notre collaboration avec ce festival, nous avons notifié à l’Institut Français qui le chapeaute, nous avons rendu les frais de motivation pour montrer combien nous n’étions pas contents », a affirmé Tshoper Kabambi.

 « Si on fait le choix de nous saboter, nous on ne fait pas la même chose mais, c’est une sorte de cri d’alarme », a nuancé de son côté le réalisateur Mavakala.

Son film “La star” (sélectionné au festival de Cannes) a déjà connu plusieurs sélections dans d’autres festivals. Film comique, ce court métrage raconte l’histoire d’un réalisateur qui fait de son mieux pour la réussite de son tournage. Malheureusement pour lui, il tombe sur une actrice très capricieuse, qui ne lui facilite pas la tâche.

Emmanuel Kuzamba

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