Les acrobates de la compagnie Acrobantous se sont produits sur la scène de la petite halle de l’Institut Français de Kinshasa ce samedi 9 avril, dans un spectacle qu’ils ont dénommé “Mutolu” compris comme cordon ombilical, pour dire, surtout à ceux qui quittent le continent que “même si vous partez, il faut retourner. Avec l’unité on fait beaucoup de choses”.

À travers les disciplines de l’art du cirque tels que la jonglerie, la danse, le clown, l’acrobatie aérienne ; les artistes de la compagnie “Acrobantous” ont raconté un cas récurrent en Afrique. Celui des africains qui quittent leurs terres, plus souvent pour l’Europe et sans revenir ou ceux qui reviennent avec des histoires fantasmées, quitte à faire rêver.

Les artistes se sont produits également en guise de restitution de l’atelier d’environ 10 jours animé par le metteur en scène Karim Troussi et l’auteure et dramaturge Émilie Malosse, venus de la France. Ils accueilleront ces mêmes artistes en septembre au Maroc pour la biennale des arts du cirque et du voyage Karacena, à Salé.

Idéal Lukodi, acrobate aérien, présent sur scène, a expliqué qu’ils racontent le phénomène migratoire. « Les gens vont à la recherche et quand ils trouvent quelque chose ils reviennent au village, c’est mieux des fois d’y rester. Même si certains rentrent, ils doivent faire en sorte que ceux qui sont restés bénéficient de ce qu’ils auront apporté », estime-t-il.

Le metteur en scène, Karim Troussi, s’est plutôt dit satisfait du travail des artistes qu’il rencontrait pour la première fois. « Je suis très heureux du parcours artistique de ces jeunes. Ils ont eu une belle évolution de travail, ils ont été très sérieux. Cette rencontre avec le public a été très gratifiante parce qu’ils se sont rendus compte qu’il y a un retour très positif des spectateurs », dit-il.

Former les artistes des arts du cirque

Le spectacle, tenu dans la soirée, a connu la participation de plusieurs dizaines de personnes. Toutes émerveillées par le mouvement et le rythme donné par les artistes de cet art, pas nouveau mais peu populaire à Kinshasa. Cependant, pour parer au nombre réduit des artistes praticiens du cirque, la compagnie Acrobantous a indiqué qu’elle va se vouer à la formation de plus jeunes.

« Chaque année, nous avons une fête de cirque. Nous organisons des ateliers qui se terminent par une restitution. Pour l’année prochaine, nous mettons en place un projet qui fera que les Acrobantous soit un centre de formation, une école de cirque pour qu’il y ait des formations régulières, en commençant par les enfants de 6, 7, 8 ou 9 ans et les adolescents », a déclaré Alexis Sabue, directeur de la compagnie Acrobantous.

Karim Troussi, lui, espère que ce spectacle donnera le plaisir à beaucoup de rejoindre les arts du cirque. « C’est évident que le public, en regardant ce qui s’est passé, va pouvoir être attiré. On a besoin de model, et quand on se reconnaît dans quelqu’un, ça ne peut que nous faire évoluer », indique-t-il.

L’acrobate aérien et enseignant d’éducation physique, Idéal Lukodi, pense pour sa part qu’à travers l’art, certains messages passent plus facilement.

« Le message passe facilement à travers l’art parce qu’il vient avec des émotions. Je suis coach du mental, je comprends que les messages qui passent à travers les chansons, les théâtres et autres, restent beaucoup plus branchés parce que c’est un langage imagé. C’est enrichissant », a-t-il soutenu.

Entre risque calculé, plaisir d’être dans l’ivresse du mouvement, la beauté du mouvement, l’acrobatie aérienne, la danse sur fond de musique, particulièrement traditionnelle ; le cirque n’est pas une nouveauté dans le paysage artistique congolais. Cet art est plus pratiqué dans les provinces que dans la capitale.

Emmanuel Kuzamba