Grand Prix Congolais du Livre pour son roman Amsoria, l’auteure congolaise Lilia Bongi considère cette distinction comme une double récompense de la mère patrie pour elle qui a quitté son pays à contrecœur, il y a un demi-siècle. Roman autobiographique, Amsoria raconte une expérience faite d’un « mélange de déracinements et d’enracinements entre le Congo et la Belgique liés par le passé commun qu’est la colonisation », explique-t-elle dans cette interview exclusive accordée à mbbactu. 

Mbbactu : Amsoria, votre roman autobiographique vient de remporter la première édition du « Grand Prix Congolais du Livre ». Que représente cette récompense pour vous ?

Lilia Bongi (L.B.) : Recevoir un prix décerné par son pays, quitté à contrecœur il y a 56 ans, et qui récompense un livre qui puise l’inspiration dans le souvenir de la douleur née de cet arrachement, est une reconnaissance double qui consacre non seulement mon écriture mais aussi la femme que je suis devenue. Que souhaiter de plus qu’une telle montée sur la marche la plus haute du podium ?

Q/ Voulez-vous nous parler du choix de ce titre qui suscite une certaine curiosité. Pourquoi  Amsoria ?

L.B. : Amsoria est la déformation par les Congolais de l’expression anglaise «I’m sorry » que disaient les casques bleus ghanéens de l’ONU arrivés à l’Est du pays dans les années 1960. Le mot a voyagé dans le pays pour se retrouver à Kinshasa dans la bouche des receveurs de fula-fula [bus populaires de transport en commun] qui l’utilisaient pour signaler au chauffeur qu’il pouvait démarrer.  Je m’en suis emparée à mon tour pas seulement pour sa musicalité. Dans le contexte de mon roman la linguiste et interprète, Paule Kekeh en a enrichi la signification au point d’en faire un néologisme qui exprimerait à la fois l’empathie, la compassion, la volonté de consoler, la tristesse partagée face à la douleur d’autrui et le réconfort. C’est ce qu’elle explique divinement bien dans la préface qu’elle m’a fait l’honneur de rédiger pour introduire le récit.

Q/ Vous évoquez dans ce récit votre vécu, c’est donc un roman inspiré de vos souvenirs ce qui inclus, on suppose, des amertumes mais aussi de moments de jouissance. Quelle a été votre motivation en écrivant cette histoire ? Quels sont les thèmes abordés dans ce livre ? Quel message avez-vous voulu faire passer ?

L.B. : La motivation en écrivant cette histoire est double.  Premièrement, il s’agit d’un devoir de transmission pour mes enfants. J’ai perçu cette nécessité avec la naissance de ma petite fille. Une petite voix intérieure me disait qu’il ne faut pas laisser d’autres personnes raconter une histoire que personne ne pourra dire mieux que moi. Ensuite pour le témoignage que ce récit constitue d’une époque dont les livres d’histoire et autres romans ne parlent pas ou peu. Les thèmes abordés  dans Amsoria  sont un mélange de déracinements et d’enracinements entre le Congo et la Belgique liés par ce passé commun qu’est la colonisation.

Q/ Madame, vous débutez officiellement votre carrière d’écrivaine en 2016, après avoir contribué significativement dans la promotion d’œuvres d’arts et des artistes peintres congolais. Peut-on penser que ce serait là, le réveil d’une passion à laquelle vous avez tenté de vous échapper ou le désir de relâchement ?

L.B. : La promotion d’œuvres d’art d’artistes peintres congolais était une activité qui me passionnait beaucoup mais que je menais en dehors de mon travail. J’ai commencé à écrire dès mon départ à la retraite, après une longue carrière professionnelle de 25 années au sein des Institutions européennes.

Q/ Pourquoi vous avez choisi de vous exprimer, de vous dévoiler dans un roman ?

L.B. : L’envie d’écrire n’est pas arrivée du jour au lendemain. Elle se préparait certainement déjà depuis longtemps, sans que je m’en rende vraiment compte. Je n’avais pas vraiment planifié d’écrire un livre. Le recul et le parcours de vie ont sans doute permis au projet de murir pour m’apparaitre une évidence au moment où mon agenda s’est libéré. L’idée était de raconter à mes enfants ce que je savais de leur histoire maternelle car ils posaient beaucoup de questions au sujet de la famille auxquelles j’avais conscience de ne pas avoir donné correctement suite. Faire de tout cela un roman basé sur mon histoire a été un défi qui m’a motivé par la liberté que permet ce genre littéraire. Et comme j’avais du temps, je me suis aussi lancée dans l’aventure de l’autoédition.

Q/ Si on vous demandait de vous présenter, que diriez-vous de vous-même.

L.B. : Que je suis une personne normale qui fourmille d’idées et de projets, peut-être un peu plus encore depuis que j’écris. Pour le reste, il n’y a rien de particulier à signaler.

Q/ En RDC, comment faire pour avoir le livre ?

L.B. : Tous les points de vente du livre sont sur mon site internet www.amsoria.com.  Vous pouvez le trouvez en version papier et ebook sur Amazon et Kobo. A Kinshasa, vous pouvez vous le procurer au Grand Hôtel Pullman (4 avenue des Batetela, 9535 Kinshasa) ou encore Book Express, 227 avenue Nyangwe c/ Lingwala, Kinshasa). Par ailleurs, d’autres points de vente et moyen de distribution sont en cours de négociation. Mon site sera actualisé en temps voulu. 

Propos recueillis par Christian Dimanyayi Bende