« Qui ne connaît aucun proverbe ne connaît rien », dit un proverbe africain. Mais alors, qu’est-ce qu’un proverbe, son rôle, son genre littéraire, le processus de sa formation, diffère-t-il d’un maxime ou d’un adage ? Avec Andrien Mpani, agrégé en lettres, auteur congolais et membre de plusieurs cercles littéraires dont “Envie d’écrire”, nous faisons le tour de la question.

Mbbactu : Que peut-on savoir sur le proverbe, c’est quoi un proverbe ?

Adrien Mpani : Il faut dire que le proverbe est avant tout un genre oral et une école de sagesse. Le proverbe a avant tout un rôle pédagogique, un rôle social. C’est aussi la rencontre de plusieurs sciences : l’histoire, les sciences sociales, la pédagogie. Tous ces éléments convergent vers le proverbe, d’où il n’est pas donné à n’importe qui d’utiliser le proverbe, un contexte s’impose pour pouvoir l’utiliser.

Q/ Qui est censé écrire des proverbes ?

Le proverbe nécessite une longue et grande expérience de la vie. Le proverbe n’est pas comme tous les autres genres où parce qu’on a des idées, on écrit son recueil de poèmes ou son roman. Le proverbe est vraiment le fruit d’une grande expérience de la vie. Quand vous regardez Larochefoucauld avec ses maximes, la sagesse qui est véhiculée est millénaire, est universelle, ce n’est pas quelque chose de cloisonné à mon peuple, à ma tribu, à mon âge, non. Le proverbe véhicule une sagesse universelle et son utilisateur est un esclave.

Q/ Où peut-on classer le proverbe parmi les genres littéraires ?

Par rapport aux genres majeurs, le proverbe est un genre purement didactique, c’est donc un essai.

Q/ Le genre ne serait pas la poésie vu que le proverbe ressemble au poème par moment ?

Le poème est un poème, l’essai est un essai. Même si le poème donne parfois des leçons mais le poème n’est pas, avant tout, un genre didactique.

Q/ Pourquoi pensez-vous que l’utilisateur d’un proverbe est un esclave ?

L’utilisateur d’un proverbe est un esclave parce qu’il doit reprendre textuellement le proverbe tel qu’il a été énoncé. Le proverbe n’est pas susceptible de connaître des modifications dans un contexte ou âge donné. Tel qu’il a été énoncé, même s’il y a des fautes d’orthographe, on le reprend tel quel.

Q/ Le proverbe est un genre oral, ne voyez-vous pas que l’écrire favoriserait sa pérennité ?

Même si on l’écrit, c’est pour servir d’archives parce que le proverbe constitue aussi l’archive d’un peuple. Mais on ressent la vraie fonction, la vraie utilité, la musicalité du proverbe, quand il est prononcé plutôt que quand il est écrit.

Q/ Quand est-ce qu’on parle d’un plagiat pour un proverbe ?

Comme nous connaissons le plagiat, si vous copiez le texte d’un auteur que vous présentez comme le vôtre ou sans citer l’auteur. Même si vous changer un mot, avec les études intertextuel aujourd’hui, on sait retrouver les sources, on sait retrouver que telle œuvre a été plagiée.

Q/ Est-ce que quand le proverbe est long, il est mal fait ? Il doit absolument être court et précis ?

Il est conseillé qu’il soit bref et précis. Dans sa breveté, il dit tout. Ce n’est pas parce qu’il est court qu’il est incomplet, le proverbe dit tout et il faut l’accepter comme tel. C’est pourquoi, il appelle la sagesse.

Q/ Le proverbe doit être impersonnel, c’est cela ?

Oui. Il doit être impersonnel parce que la réalité du proverbe concerne tout le monde. Toi, moi et n’importe qui. Ce n’est pas destiné à une seule personne mais à quiconque pense que cette sagesse le concerne.

Q/ L’Afrique a une histoire particulière avec les proverbes, est-ce que vous voyez cette réalité de la même manière aujourd’hui ?

C’est vrai que l’Afrique et le proverbe sont liés parce qu’il faut dire qu’avant l’écriture, nous étions dans le genre oral, nos ancêtres transposaient les savoirs par l’oral et parmi ces moyens, il y a entre autres le proverbe, le conte, les légendes, il y en a suffisamment.

Propos recueillis par Emmanuel Kuzamba