Poète et acteur culturel congolais reconnu, Harris Kasongo est décédé le 19 mars à Kinshasa de suite d’une maladie à l’âge de 35, selon ses proches. Auteur de plusieurs recueils de poésie, Harris Kasongo était également connu pour son engagement pour la reconnaissance des droits d’auteurs en RDC. 

Homme de culture, Harris Kasongo est l’initiateur d’un mouvement littéraire dénommé “Les révoltés de la plume” qui milite pour la promotion du livre, de la lecture et de la pensée en République démocratique du Congo (RDC). Dans sa philosophie et sa démarche intellectuelle, ce poète était d’avis que les grandes sociétés se sont développées à travers la pensée écrite. 

Depuis sa disparition, les structures et personnalités du monde de la culturelle lui rendent des hommages mérités. L’un des plus brillants et ponctué d’anecdotes vient de l’écrivain Richard Ali. 

Actuel président des “Écrivains du Congo” ASBL, M. Ali est aussi le directeur de la Bibliothèque Wallonie-Bruxelles de Kinshasa.

HOMMAGE ECRIT LE 21 MARS, JOURNÉE MONDIALE DE LA POÉSIE

Cher Harris, c’est le 21 mars, le jour que tu aimais tant, journée mondiale de la poésie.

Où es-tu, cher frère, où est ton souffle, cher ami ? 

Va-t-on célébrer ce jour sans toi ? 

La poésie c’était toi, je t’ai connu poète, et tu n’as jamais quitté ton genre ; tu l’as porté et défendu jusqu’au bout ! 

Ce jour c’est ton jour, c’est la journée d’Harris, c’est la journée du meilleur poète de notre temps ! Meilleur, tu l’as été et tu le demeures. 

Le 21 février, journée de la langue maternelle, nous avons pleuré Sené Mongaba, tous, toi compris ; et, à peine un mois après, le 21 mars, journée de la poésie, nous te pleurons toi, maître de cet art majeur, le virtuose Harris Kasongo. 

Nous te pleurons et nous célébrons la meilleure personne que tu étais, le bon ami que tu fus, le combattant de première heure de cette nouvelle génération… 

Hier j’ai pensé à notre premier contact. C’est moi qui suis venu vers toi. Je t’avais suivi à la télé. Tu étais passé sur une émission à Raga et tu présentais ton diplôme : tu venais de recevoir un prix international de poésie après avoir participé à un concours de poésie organisé en France ; tu étais l’un des lauréats, l’unique africain d’ailleurs.

Ton texte était beau, bien travaillé, plein d’images… nous étions en 2007 ou 2008, toutefois, je devrais être en première année de graduat. Tu avais laissé ton contact téléphonique, je l’avais vite noté et t’avais appelé par la suite. 

On s’était donné rendez-vous à l’UPC (Université protestante au Congo), puis tu m’avais invité à la sortie officielle du MOUVEMENT DES RÉVOLTÉS DE LA PLUME, cette structure que tu porteras jusqu’à la fin, structure qui n’a pas dérogé à ses objectifs : être un courant littéraire pour une plume engagée. 

La rencontre avait eu lieu dans une école à Bandal… C’était les premières tentatives du réveil de notre littérature. On est alors devenus très proche, avec Kamba, Sangu et les autres. 

Le Saint ne t’avait jamais lâché, il nous a tous vus grandir. C’est par la suite que de mon coté, au sein de l’UPC, je mettrais en place la Plume Upcienne, puis viendra l’Ajeco et toute la suite… Tu as toujours été. 

Un moment de guerre est arrivé, ah, c’était vraiment la belle époque, j’y pense puis j’en souris. On pouvait passer des heures à marcher sur 24 avec Kamba pour ne parler que littérature. On était très jeunes mais on y croyait tellement. 

C’est toi qui m’a mis sur la voie de certaines rencontres importantes : je me souviens de la conférence organisée à Wallonie-Bruxelles à l’époque, où, pour la toute première fois, j’avais comme ça l’occasion de voir de mes yeux vus les profs Kadima Njuzi, Yoka Lye et Philippe Masegabio.

Nous étions assis au fond de la salle, et, moi j’étais presqu’en larmes quand je voyais ces dieux de notre littérature pour la première fois. Nous avions de la chaire de poule. 

Entendre Masegabio parler, Kadima Njuzi ; ah, c’était émouvant. A la fin, nous les avons approché, et j’avais récité un texte de Kadima devant lui-même : Femme-océan. Je m’en rappelle encore comme si c’était hier, mais cela doit dater de plus de 14 ou 15 ans aujourd’hui. 

Une autre anecdote, c’est notre descente pour Mirador TV avec la pluie qui nous avait surpris en route. Nous sommes arrivés tout trempés. Ah, cette aventure ! Ah, cet amour pour la littérature. Ah, ces beaux moments !

Va en paix, grand poète ! Repos éternel à ton âme, mon ndeko ! 

Richard Ali.