«La performance artistique a toujours existé. Les danses traditionnelles, l’habillement en raphias sont des performances », a affirmé l’artiste congolais Negue Fly dans un entretien à mbbactu. 

Pour lui, les performeurs vont chercher le public dans son milieu vital sans que celui-ci ne se déplace. Dans les marchés, dans les rues, dans les trains ou même dans les salles de spectacle, la performance artistique permet une rencontre directe des gens auxquels le message est destiné.

On croirait que la performance artistique est tombée de la dernière pluie, l’appellation peut-être. Cette discipline est bien assise dans l’histoire, surtout celle de l’Afrique. Dans cet art, l’artiste mène une action de manière inhabituelle et dans des endroits, par le passé non appropriés. Dans les codes de la performance artistique, l’artiste s’utilise lui-même comme œuvre d’art. En lieu et place de dessiner, de peindre, de faire une œuvre de sculpture ou de faire un poème de quelqu’un enchaîné, l’artiste se présente devant le public déjà enchaîné.

Artiste pluridisciplinaire, Negue Fly Nsau s’entretient avec Mbbactu.net sous sa casquette de performeur. Il fait, avec son équipe, des prestations de performance artistique dans les marchés ou dans les rues de Kinshasa.

Il répond à 9 questions pour connaître le but, les formes de performance, l’élément déclencheur de celle-ci, l’avenir de cette discipline, le ressentiment sur la scène.

Mbbactu : Beaucoup entendent parler de la performance artistique, beaucoup le découvrent et beaucoup l’ignorent encore, comment définissez-vous une performance artistique ?

Negue Fly : L’art n’a pas de définition, il n’est jamais figé. Mais de manière plus simple, la performance artistique est une représentation artistique du travail que mène un artiste. C’est une action menée par l’artiste et représentée de manière inhabituelle. Parfois dans la rue, dans les marchés, là où se trouve le public. On l’épargne du côté confortable des salles de spectacle. L’artiste prend la casquette de victime, d’opprimé, etc.

Q/ Quel est, d’après vous, le but poursuivi par une performance artistique ?

Avant tout, c’est de l’art. C’est le beau, c’est pour plaire aux spectateurs. L’art est toujours émouvant. C’est pour divertir aussi, c’est pour passer des messages, c’est pour tout, c’est pour la vie.

Q/ Est-ce que la sape est aussi une performance ?

Exactement. Les sapeurs ne s’habillent pas seulement parce qu’il faut le faire, c’est toute une philosophie. Quand tu regardes par exemple Papa Wemba, c’était un artiste mais aussi une œuvre d’art. Il représentait Kinshasa dans ses codes vestimentaires et c’est énorme. Dans la performance, l’artiste devient une œuvre d’art.

Q/ Qu’est-ce qui a déclenché cette discipline ? C’est parti de quoi ?

La performance a toujours été par plusieurs formes. Nos spectacles traditionnels par exemple, dans les deuils, les gens étaient habillés en raphias, en train de danser, c’est des performances.

Q/ Est-ce que la performance a un avenir en RDC ?

Bien sûr. C’est une discipline qui a toujours été. Déjà la création du monde est une performance, celle de l’homme, la vie humaine sont des performances. La performance a été, elle est et elle sera toujours.

Q/ Peut-on être performeur sans le savoir ?

Oui. D’autant plus qu’on peut être musicien sans le savoir, footballeur sans le savoir. La performance n’est pas toujours se déguiser, un Slameur peut mener une action de performance mais dans sa discipline de slam.

Q/ Les femmes qui se maquillent se déguisent aussi mais à quel moment on peut dire que c’est une performance ?

Lorsque ça devient de l’art. Un sculpteur peut faire une performance de sculpture, il n’est pas obligé de se déguiser, c’est au-delà de tout ça.

Q/ En fin 2021, vous avez fait des performances dans les rues de Kinshasa, pour notamment décourager la consommation de “Bombé” (une drougue locale), que gardez-vous de ces expériences ?

Comme tout artiste, être sur scène, c’est la meilleure de choses. Je ne peux que garder de bons souvenirs. Ce qui est bien dans les performances de la rue, ce n’est pas comme dans les salles où le public est loin, il ne peut pas te parler directement. Là dans la rue, c’est direct avec le public, il peut te toucher, il peut même t’injurier, te dire que c’est bon, te demander de changer, c’est une autre ambiance.

Q/ Comment vous vivez ces moments là, où vous êtes trop près du public ?

A la base aucun artiste ne prend l’habitude du public. C’est toujours stressant. Mais puisque c’est de meilleurs collaborateurs et partenaires, on se sent stressé et à la fois bien. Le même public te stresse, te motive, t’acclame, te fortifie.

Propos recueillis par Emmanuel Kuzamba