Tables rondes, face à face écrivains-public, présentations d’ouvrages, formations, ateliers, débats, performances, remises des prix, ont été au rendez-vous à la fête du livre de Kinshasa 2022, avec la participation d’une vingtaine d’auteurs congolais et étrangers autour du thème de la littérature jeunesse et le monde de l’édition.

Comme pour les éditions précédentes, bédéistes,  éditeurs, auteurs de la littérature jeunesse, slameurs, critiques littéraires, dirigeants des centres culturels ou simples curieux,  ont répondu présent à ce rendez-vous culturel, un moment véritable de rassemblement qui s’est déroulé en février dernier.

La présence remarquée des auteurs tels que Fiston Mwanza Mujila, venu d’Autriche ; Barly Baruti, venu de la Belgique ; Véronique Tadjo, venue de la Côte d’Ivoire ; Fann Atiki, venu du Congo-Brazzaville ou encore Paul Kawczak, venu du Canada,  à donner du tonus à cette fête.

« C’était un moment très fourmillant. J’ai rencontré des éditeurs, des auteurs, des jeunes motivés dans différents endroits très dynamiques », a réagi auprès de mbbactu l’écrivain franco-canadien Paul Kawczak, dont c’était la première fois d’arriver à Kinshasa.

La littérature jeunesse, un chantier en construction

Pendant cette édition de la fête du livre, une attention particulière a été accordée aux jeunes et à la littérature jeunesse. «Si nous voulons construire un pays fort et prospère, il faudrait ramener la jeunesse à la lecture », a estimé le professeur Henri Kalama Akulez, directeur général de l’Académie des beaux-arts, un des sites où se sont déroulées les activités de cette édition.

Une vision partagée par l’écrivaine franco-ivoirienne Véronique Tadjo, qui écrit également pour la jeunesse. « L’idée, c’est de créer une culture de la lecture. Il faut donc s’occuper des jeunes, leur offrir plus d’ouvrages possibles pour toutes les tranches d’âge et puis, ça fera de bons lecteurs plus tard », a-t-elle soutenu.  

Mme Tadjo, a invité les jeunes déjà engagés dans une carrière littéraire « de continuer dans la voix qu’ils ont choisie. Il y a des difficultés, ce n’est pas toujours évident, ce n’est pas un chemin balisé mais il faut y croire ».

«Les enfants ont besoin de modèles. Si on n’en a pas, on pensera que ceux des autres sont mieux », a dit de son côté le bédéiste et illustrateur congolais Dominique Mwankumi.  « Les histoires que je raconte du Congo [dans mes productions], les enfants de Belgique ou de la France les connaissent mais pas les enfants congolais », a-t-il regretté.

Trouver un éditeur, un véritable casse-tête en RDC

Les difficultés matérielles que rencontrent la grande majorité d’auteurs en RDC ont également été relevées : comment trouver un éditeur en RDC où la démarche ressemble à un véritable casse-tête, surtout pour les plus jeunes ou les nouveaux venus dans le cercle des auteurs.

« Le monde de l’édition souffre d’un manque cruel de financement » et de soutien des partenaires, a déclaré à mbbactu l’éditeur et écrivain congolais Christian Gombo qui dit travailler avec les « moyens de bord ».  « Nous sommes en train de travailler » sur la possibilité «de faire de bonnes productions littéraires ici dans le pays, à moindre coup et accessible à tout le monde », a-t-il indiqué.

Le secteur de l’édition s’est « un peu amélioré » par rapport aux années 70 dans l’ex-Zaïre (actuelle RDC),  a cependant nuancé l’écrivaine Elisabeth Mweya Tol’Ande. Auteure majeure et une des pionnières dans le paysage littéraire congolais, Mme Mweya T’Olande affirme n’avoir rien perçu de tous ces ouvrages publiés dans les années 70.

Elle a aussi reconnu qu’il est difficile pour un auteur, aujourd’hui, de savoir exactement combien d’exemplaires de son ouvrage est sur le marché. Une situation qui donne « envie  de s’autoéditer ».

Les remords et les perspectives

Tout en misant sur la participation des jeunes, certains auraient souhaité voir  les aînés être aussi conviés à cette grande messe de la littérature afin de transmettre la flamme aux jeunes.

« Je regrette de [constate] l’absence de l’Union des Ecrivains Congolais. Je vois par là, les écrivains de ma génération. Je regrette quand même mais j’espère qu’ils vont participer à la prochaine édition », a dit Elisabeth Mweya T’Olande.

Dans un autre registre,  le bédéiste Dominique Mwankumi, a appelé les autorités congolaises à promouvoir le secteur de la littérature.

« Chaque pays protège ses auteurs. Quand on ne te protège pas, c’est un problème. Nous faisons la réputation du pays à l’étranger mais dans notre propre pays, on ne nous connaît pas », a-t-il regretté.

Kinshasa et ses fantasmes

Moment de « bouillonnement» culturel, la célébration de la fête du livre « est toujours un moment exceptionnel. Il y a énormément de choses qui se passent et qui sont inattendues les unes que les autres, il y a beaucoup de passionnés (…) C’est chaque fois une merveilleuse aventure », a estimé Kathryn Brahy, déléguée générale du Centre Wallonie-Bruxelles, très impliqué dans l’organisation et la réussite de l’événement.

Mégapole d’au moins 12 millions d’habitants,  la capitale congolaise n’a pas dérogée à sa réputation du grand carrefour multiculturel.  « Kinshasa est une ville qui nous séduit, nous [qui venons] du côté de Brazzaville. Kin nous génère un fantasme. Il y a de l’inventivité ici, de l’originalité, une part d’authenticité. Ce sont des qualités qu’on ne retrouve pas » toujours ailleurs, a dit Fann Attiki, l’écrivain et slameur originaire du Congo-Brazzaville.

Outre la capitale Kinshasa, la  8ème édition de la fête du livre a eu lieu  dans différentes villes du pays dont Lubumbashi, Kisangani, Bukavu et Matadi  du 1er au 16 février.  Organisée par le pôle Eunic, structure qui regroupe l’ensemble des centres culturels européens installés en RDC – coordonnée par l’Institut Français de Kinshasa -, la première édition de cette fête du livre remonte à 2013.

Emmanuel Kuzamba