La littérature pour la jeunesse est “fondamentale”.

L’écrivaine franco-ivoirienne Véronique Tadjo, lauréate du Grand prix littéraire de l’Afrique Noire en 2005 et auteure des livres pour la jeunesse a participé récemment à la 8ème édition de la fête du Livre de Kinshasa, en République démocratique du Congo, où elle arrivait pour la première fois. A 66 ans, la mère de famille qui a enseigné les adultes à l’université notamment en Côte d’Ivoire et en Afrique du Sud consacre une partie de son temps à la littérature jeunesse, anime des ateliers, écris de la poésie, des romans… Véronique Tadjo, qui se définie comme une panafricaniste, est auteure de “Loin de mon père”, “L’ombre d’Imana” consacré au génocide des Tutsi au Rwanda, “Reine Pokou” ou encore “Nelson Mandela : Non à l’apartheid”.
Elle s’est confiée à Mbbactu et a parlé d’elle, de son parcours, de l’avenir de la littérature en Afrique, de ses expériences.

Mbbactu : Bonjour Madame Véronique Tadjo ! En dépit de ce que votre biographie dit de vous, comment vous pouvez vous définir s’il fallait le faire ?
Véronique Tadjo : Je me définis comme écrivaine franco-ivoirienne, de père ivoirien et de mère française. Mais ayant vécu en Côte d’Ivoire, disons plus ivoirienne et puis poète, romancière, auteure des livres pour la jeunesse que j’illustre souvent.

Vous avez deux cultures ou bien plusieurs cultures qui s’entremêlent en vous ?
Plusieurs cultures. Pas seulement la Côte d’Ivoire et la France, mais aussi la culture de tous les pays dans lesquels j’ai habité. J’ai habité au Nigéria, en Afrique du Sud pendant 14 ans, tous ces pays m’ont vraiment influencé et m’ont donné une autre vision du monde. En plus, je suis américaniste de profession, j’ai fait la littérature et la civilisation noire américaine.

Est-ce que le fait de passer d’un pays à un autre, en Afrique notamment, a changé votre regard sur la jeunesse africaine et sur l’Afrique elle-même ?
Absolument. Déjà, je me considère comme une panafricaniste, je m’intéresse à tout ce qui se passe sur le continent. Comme je suis angliciste de formation, c’est une chance parce que j’ai accès à l’Afrique anglophone.

Vous avez enseigné les adultes à l’université mais vous préférez faire la littérature jeunesse !
J’écris aussi des romans, j’écris de la poésie. Simplement, j’écris pour la jeunesse aussi parce que je pense que c’est très important de le faire. Si on veut avoir des lecteurs par la suite, comment on fait ? Si les enfants n’aiment pas les livres, s’ils ne grandissent pas avec les livres, on n’aura pas de lecteurs. C’est purement logique.

L’idée fondamentale qui vous habite quand vous écrivez pour la jeunesse, c’est donc l’avenir ?
Pas moi particulièrement mais tous les écrivains africains du continent devraient savoir que s’ils négligent la jeunesse, il n’y aura pas de lecteurs. Or, c’est très important que les jeunes grandissent avec la lecture parce que ça les forme, ils deviennent de bons lecteurs, ils écrivent mieux, ils parlent mieux, c’est fondamental la littérature pour la jeunesse.

Comment vous vous êtes toujours départagée entre votre travail de professeur, d’écrivaine et votre devoir de mère ?
Mes enfants, ils sont de mon côté, c’est comme ça que je les ai élevés. Ils ont aussi un côté artiste. Aujourd’hui, ils sont grands, ils me soutiennent énormément.

Quel genre littéraire est votre préférence ?
Ce que j’aime, c’est le plaisir de pouvoir aller d’un genre à l’autre. Comme cela, si pour une raison, on est bloqué d’un côté, on sait toujours qu’on pourra continuer le processus de création. C’est ce processus qui est important, que ce soit pour la poésie, le roman, un tableau de peinture…

A part la littérature ou les arts, y a-t-il autre chose qui vous passionne dans la vie ?
Le sport, j’aime beaucoup. J’ai fait du Taekwondo jusqu’à la ceinture noire. Aujourd’hui, c’est plutôt de manière personnelle.

Avez-vous la bienveillance de toujours parler voire de coacher les jeunes qui vous approchent après des activités ? Ceux qui veulent s’inspirer de vous ou faire comme vous !
Je fais comme je peux. C’est pourquoi j’aime bien les ateliers d’écriture. Ça permet beaucoup d’échanges et moi-même j’apprends énormément. Je leur donne le tuyau que je peux leur donner, je ne sais pas tout.

Que pouvez-vous souhaiter pour la littérature, pour la jeunesse, en Afrique notamment et à Kinshasa où vous êtes ?
Il y a beaucoup de talents, on a fait de grosses découvertes ici, on rencontre beaucoup de jeunes qui s’intéressent à la littérature, qui sont déjà passionnés. Je peux leur dire simplement de continuer dans la voix qu’ils ont choisie. Qu’ils se maintiennent parce qu’il y a des difficultés, ce n’est pas toujours évident, ce n’est pas un chemin balisé, il faut y croire.

Entretien réalisé avec Emmanuel Kuzamba.