Diplômé en animation culturelle de l’Institut National des Arts (INA), Moïse Edimo a rejoint les Editions Mabiki en 2015 d’abord en qualité de libraire ambulant avant d’occuper le poste de Responsable de diffusion et marketing de cette maison d’édition. En 2018, en parallèle à son travail aux éditions Mabiki, M. Edimo a travaillé comme bibliothécaire en chef du Groupe scolaire Mont-Amba à Kinshasa où il a réussi à mettre en place un programme d’animation littéraire dans le but de susciter les vocations littéraires dans le chef des élèves. Cette initiative a permis de rendre la bibliothèque attrayante et de booster son taux de fréquentation.  Nominé du prix Lokumu en 2021, Moïse Edimo se présente comme un passionné de la littérature, et plaide pour que le secteur littéraire bénéficie du soutien de l’Etat congolais.  Il a accepté de partager son expérience  et sa vision littéraire dans un entretien accordé à mbbactu.net

mbbactu.net : Moïse Edimo, vous êtes responsable de diffusion et marketing aux éditions Mabiki, comment êtes vous parvenu à intégrer cette maison d’édition ?

Moïse Edimo (M.E) : Après l’obtention de mon diplôme d’Etat en Latin-Philo à Kinshasa, j’ai poursuivi mes études en animation culturelle à l’Institut National des Arts (INA) où j’ai terminé mes études en 2017. Mais c’est depuis 2015 que j’ai rejoint la Maison d’édition Mabiki, où au départ j’étais employé comme libraire ambulant. J’ai été donc été employé aux éditions Mabiki pour ne vendre que les livres « Mutos » qui ne coûtait  à l’époque que 500 FC (0,25 dollars).

mbbactu.net : Comment avez-vous fait pour tenir le coup ?

M.E : C’était vraiment un parcours de combattant mais comme j’avais la passion d’œuvrer pour la promotion de la littérature, et comme cette expérience cadrait bien avec ma formation académique, du coût, au lieu de me décourager, j’ai saisi cette opportunité et l’espace qui m’était offert pour mettre en pratique les théories apprises à l’INA. A côté de la vente des livres « Mutos », j’ai commencé à organiser des activités d’animation dans des écoles avec les élèves autour des histoires de « Mutos ». Grâce à cette activité, mes ventes ne faisaient que monter en flèche. Cette situation a attiré l’attention de mes chefs sur ma personne, et j’ai été nommé «Responsable de diffusion et marketing des éditions Mabiki ». C’est à partir de ce moment que mon champ d’intervention s’est élargi.

mbbactu.net : Vous avez aussi travaillé comme bibliothécaire dans un établissement scolaire de Kinshasa.  Racontez-nous cette expérience.

M.E : En 2018, en parallèle de mon travail aux Editions Mabiki, j’ai travaillé pendant deux ans comme bibliothécaire en chef du Groupe scolaire Mont-Amba. Dans cette bibliothèque au-delà d’y être gérant et responsable permanent, j’y ai initié un programme d’animation littéraire dans le but de susciter de vocations littéraires dans le chef des élèves et globalement rendre attrayante la bibliothèque qui, avant mon arrivée n’était pas fréquentée par les élèves.

– Chaque lundi, mardi et mercredi nous organisions une activité intitulée : « Lecture plaisir ». Cette activité se voulait un espace où les enfants venaient pour lire. Chaque élève prenait un livre de son choix, et après la lecture, nous discutions autour de ce que chaque enfant a aimé et retenu de cette lecture.

– Biblio conteur  était organisé chaque jeudi et vendredi. Cette activité permettait de donner la parole aux élèves afin de leur donner le goût de développer leur argumentation ainsi que leur capacité de s’exprimer oralement en public. Il était demandé à chacun de ne lire que des contes qui se trouvent dans la bibliothèque, avant de créer son propre conte.  

– Chaque samedi, nous organisions une activité dénommée : « Je sais lire et écrire ». A mon avis, cette activité était le chef d’œuvre de toutes les activités que j’organisais avec les enfants. « Je sais lire et écrire » c’était une activité culturelle et pédagogique où l’on invitait des écrivains ou des personnalités du monde de la culture à discuter avec les élèves autour d’un sujet bien précis et faire en sorte que les enfants en sortent  avec un plus, en terme de connaissance.

mbbactu.net : D’où vous vient cette passion pour le livre ?

M.E : Ma passion pour le livre demeure inexplicable. Moi, j’ai toujours aimé la littérature et je crois bien que c’est presque toute ma jeunesse que je consacre à promouvoir notre littérature car, je suis très convaincu que le développement de notre pays dépend de la manière dont nous voulons être perçus, ou nous voulons exprimer notre identité collective, de ce que nous faisons de nos valeurs culturelles. De ce point de vue, notre littérature doit être prise en compte.

mbbactu.net : Quels sont  les défis  auxquels vous êtes confronté ?

En RDC, travailler dans le domaine littéraire relève d’un parcours de combattant. Le monde littéraire est un secteur où les efforts n’ont jamais été compatibles aux revenus, voilà ce qui pose un gros souci pour tous ceux qui s’y lance. Dans ce contexte, les livres ne se vendent que très difficilement ; à peine on a un cercle d’amis à qui nous vendons deux ou trois livres. Par ailleurs, le secteur littéraire ne bénéficie d’aucun accompagnement du gouvernement  ou d’autres institutions publiques. Aujourd’hui, le défi c’est de voir se constituer une vraie communauté congolaise de lecteurs,  les gens qui achètent les livres pour lire parce qu’ils aiment lire et parce qu’ils connaissent les bienfaits de la lecture. C’est là notre combat. Nous battre pour survivre avec la vie de livres… 

mbbactu.net : Quelles sont vos perspectives d’avenir ?

Je suis en train de rêver d’un Congo plus beau qu’avant, un Congo où les habitants sentiront le besoin de nourrir leurs cerveaux au même titre que leurs ventres. Cette démarche n’est pas facile, je le sais, mais elle n’est pas non plus impossible. Cela passera par des animations littéraires des hautes factures dans chaque quartier. Actuellement, le livre n’est pas consommé à sa juste valeur dans notre pays parce qu’il n’est pas omniprésent, d’où l’importance de le rendre accessible partout, c’est ce que nous essayerons de faire. Je rêve de créer une librairie ambulante, avec un véhicule bien adapté en librairie muni d’un espace multimédia (baffle, micro, projecteur) et comme ça, nous passerons dans les rues, les quartiers, les communes pour promouvoir le livre. Nous pouvons dupliquer une telle expérience dans le reste du pays.

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